L’interview de Jérémie Azou

Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Extraterrien.
Jérémie Azou est champion olympique en aviron dans la discipline du deux de couple léger. Une des disciplines phares en aviron.
Pourtant son parcours ne le prédestinait pas à se tourner vers l’aviron puisqu’il débutera en faisant de la natation adolescent. Mais il a déjà des prédispositions et les sports de résistance lui vont plutôt bien.
Très vite, il adore l’ambiance d’équipe et la cohésion qu’il existe dans un équipage. Cet esprit d’équipe sera une de ses forces puis qu’il tirera tous ses partenaires et co-équipiers vers le haut.
3:00 – Enfance de Jérémie et sa découverte du sport par la natation
7:00 – Passage à l’aviron
13:00 – la mentalité des rameurs et pourquoi la synchronisation est si importante
17:00 – Le geste parfait – le coup de pelle
21:00 – L’entrainement, une séance d’entrainement type, et la frustration des rameurs
24:00 – La découverte de la compétition et comment se forger une âme de compétiteur
32:00 – L’échec des Jeux Olympiques de Londres en 2012, avec un scénario de course inattendu
42:00 – Comment rebondir après cet échec. Le choix de Jérémie de devenir champion olympique avec Stany Delayre. Quels outils ont ils mis en place pour tout mesurer et se donner les moyens d’être plus performants ?
53:00 – Une journée de champion olympique, l’organisation de sa semaine et de ses entrainements
59 : Mieux Récupérer, l’importance de la récupération et du sommeil, le dopage et le poids social sur le repos
1:03:00 – Le récit des JOs de 2016 à Rio
1:07:00 – Le conseil de la fin : Pour les non-sportifs : l’activité physique est le meilleur moyen de se reconnecter avec son corps. Pour les sportifs : ne jamais oublier que tout peut s’arrêter du jour au lendemain.

Pour en savoir plus sur Jérémie Azou

Son compte Instagram @azoujeremie

Sa première conférence Ted : Peut-on déplacer ses limites

Sa seconde conférence Ted : Le prix de l’invincibilité

Le lien vers son blog

*** À propos du podcast Extraterrien ***

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Transcription du podcast avec Jérémie Azou

L’enfance de Jérémie Azou

Quel est ton premier souvenir de sport ?

Jérémie Azou :
Alors… Je pense vraiment… aussi loin que je m’en rappelle, mon premier souvenir de sport tombe à peu près bien donc je ne sais pas si c’est la bonne réponse mais ça tombe à peu près bien par rapport à ce qui a suivi les années derrières. Ça a été en colonie de vacances. Nous, on est une famille nombreuse donc régulièrement nos parents nous envoyaient en colonie de vacances pour diverses raisons et il y avait un triathlon qui était organisé et moi j’avais toujours été un peu hyperactif donc je pense que je savais que niveau sport, ça n’allait pas trop mal. On avait fait un triathlon et je m’étais fait laminer en natation et ça a vraiment été… ça m’avais blessé, tu vois ? et ce souvenir m’a vraiment blessé dans mon égo et ça a été le démarrage de pas mal de choses derrière. Mais je pense que j’avais aussi une certaine estime de moi et puis voilà, je m’étais fait battre, pas à plat de couture mais pour moi c’était l’humiliation même si dans les faits je pense que ça restait juste une petite organisation faite par la colo pour nous divertir une après-midi en bord de plage. Mais… ouais, c’est un souvenir qui me reste même plus de 20 ans plus tard.

– Déjà l’orgueil du sportif ?
Jérémie Azou :
Ouais, ouais, alors après bon ce sont des choses que l’on arrive à transformer, à analyser, à convertir mais c’est peut-être l’analyse que j’en avait fait. Enfin, le ressenti que j’avais à l’époque. Cette espèce de frustration, de déception. Bon alors, en tout cas c’est aussi loin que je m’en rappelle. Il me semble que c’est le premier souvenir vraiment marquant.

– Et du coup-là tu parles de triathlon. T’as toujours eu une appétence pour les sports un petit peu de fond étant plus jeune ?
Jérémie Azou :
Alors une appétence, oui… après j’aime à dire que c’est le sport qui te choisit et pas toi qui choisit le sport, donc… j’ai quand même eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont jamais poussé mais qui m’ont toujours encouragé à faire du sport donc j’ai pu toucher à pas mal de choses, mais comme pas mal d’enfants. C’est-à-dire qu’étant plus petit j’ai fait du judo, j’ai fait un peu de tennis, j’ai fait de la gymnastique et puis après, grossièrement, j’ai toujours bien couru et je me suis donc lancé progressivement après cette fameuse histoire de colonie de vacances. J’ai décidé de m’inscrire en natation pour gommer un petit peu ces défauts-là.
Et après il y a eu un gros déclic qui s’est fait en natation mais oui j’ai toujours eu une capacité, une facilité sur les sports de résistance et d’endurance de manière physiologique et morphologique, j’avais le profil pour me former sur ces sports-là.

Mais au-delà du petit avantage physiologique est-ce que mentalement ça te plaisait aussi ? Parce que c’est quand même très particulier… tu vois, ce sont des sports où tu te mets vraiment à block et mentalement c’est très dur. Physiquement, c’est très dur aussi. Est-ce que toi déjà jeune tu avais le goût pour le goût de l’effort on va dire ?

Jérémie Azou :
Je pense. Alors encore une fois : là-dessus c’est ma perception des choses mais je pense que bien-sûr il y a le paramètre intrinsèque. Il y a les qualités innées et je pense que l’environnement joue beaucoup aussi. C’est-à-dire que l’éducation que tu reçois, sans parler de rigueur dans l’éducation mais je pense qu’il y a tout ça qui peuvent impacter directement ou indirectement ton positionnement et ta manière de… et ta combativité face à la douleur. Face à l’effort, face à l’enjeu, face à l’environnement et je pense vraiment qu’il y a tous ces paramètres-là qui sont additionnés et qui ont fait que j’avais donc comme on a dit des prédispositions et du coup de bons résultats et par ricochets aussi un peu une appétence pour ces sports-là. Surtout quand tu es petit. La notion de plaisir existe bien sûr. Enfin, encore plus quand tu vas jouer au foot avec tes copains mais sinon pour le reste, il n’y a pas 50 miles choses qui t’intéressent. C’est d’être le premier et puis en plus on est dans un système quand même de comparaison et qui t’encourage à être parmi les meilleurs, parmi… enfin, en gros on te conditionne pour que l’on valorise le meilleur, le premier et quand tu es dans un cercle vertueux qui fait que tu as des perfs, ça ne fait que t’encourager à aller plus loin et te diriger vers des activités qui ont des filières énergétiques similaires.

– Ouais, d’accord, ok. Et comment est-ce que tu en es venu du coup à l’aviron, concrètement ?
Jérémie Azou :

Euh ouais, alors il y a eu cet épisode quand j’étais en colonie et après j’ai fait 4 ans de natations quand même. Alors les deux premières années j’ai vraiment réappris à nager entre guillemet car je savais nager mais il y a savoir nager et savoir bien nager. Voilà, toi qui fais du triathlon, tu en sais quelque chose. Ce n’est pas juste savoir flotter mais savoir après tourner les bras dans le bon sens et avancer. Les deux premières années j’ai vraiment réappris à nager et après les deux dernières années je me suis vraiment entrainer. Et c’est là encore une fois où c’est intéressant de faire le distinguo entre l’exigence olympique où je pense que tous les athlètes seront sur un pied d’égalité en termes d’investissements quotidiennes, de vie quotidienne. C’est-à-dire en termes de rigueur et d’investissement physique et psychologiques. Par contre, l’écart dans les petites catégories est énorme. C’est-à-dire que moi en 5ème et 6ème, je nageais. Je m’entrainais, je nageais une fois par jour. Et à l’aviron, avant que je n’arrive à un entrainement par jour, ça arrivait plus tard. Après je ne faisais pas parti de ceux qui s’entrainait le plus parce que j’avais des contraintes scolaires et extra-scolaires qui faisaient que je ne pouvais pas m’entrainer plus mais quand même. J’ai mis plus de temps à l’aviron pour venir à un même niveau et à un même niveau d’entrainement. Alors c’est bien et ce n’est pas bien. D’un côté, c’est bien parce que ça permet justement d’avoir des athlètes avec un … parce que moi par exemple le premier truc qui me choc en natation, je croyais être passes … c’est-à-dire que en plus tu fais des longueurs et des gens comme Yanick AGNEL et malheureusement il y en a pleins… mais des athlètes comme ça qui finissent comme ça à 22, 23 ans champions olympiques et qui se disent « je n’ai pas envie de repartir ». C’est que l’on a un peu trop charger la dose avant aussi. Et encore plus sur des sports comme l’aviron. Même si, bon, on est en extérieur avec ses avantages et ses inconvénients mais où c’est un sport cyclique, où tu fais tout le temps la même chose et puis l’endurance… Les sports d’endurance nécessitent du long. C’est-à-dire 1 heure, 1 heure et demie voire 2h où l’on fait tout le temps la même chose. Avec des pulses à haute intensité avec une très forte régularité donc voilà. Tout ça pour dire qu’il y a eu cet épisode de natation pour dire que j’ai vraiment beaucoup appris en termes de rigueur et de compréhension des mécanismes d’entrainements. C’est-à-dire : tu t’entraines, t’es bon. C’est-à-dire que la résultante est assez simple et au-delà des simples capacités intrinsèques. C’est-à-dire que rien ne résiste à l’entrainement. Alors, on ne peut pas tous être Michael FHELPS mais si tu t’entraines, tu seras bon. Et ça … Alors, je fais une parenthèse mais j’ai un ami en équipe d’aviron qui me disait « de toute façon, il n’y a pas d’âge, pas de mérite à être bon lorsque tu t’entraines » et ça me faisait rire parce qu’il a plus ou moins raison. Et donc après moi je me suis cassé la jambe en juillet 2002 et à la rentrée de septembre j’ai repris la natation et baisse de moral. Ce n’est pas que j’allais plus vite, ça allait toujours bien au niveau des chronos mais voilà… petite usure déjà psychologique de faire des allers-retours dans la piscine. Et là on s’est vraiment posé la question de savoir quel sport j’allais faire derrière. Donc, au début, je voulais faire soit de l’athlétisme soit du triathlon pour les raisons que l’on évoquait tout à l’heure sur mes prédispositions à être plutôt bon à des sports d’endurances et de résistances et puis déjà j’avais la natation dans mes pates donc il me suffisait juste de monter sur des vélos, d’aller courir et ça n’aurait pas été trop mal pour le triathlon. Et à l’époque, ils n’avaient pas trop de sections sur Villeneuve. A l’époque avec mes parents nous habitions Villeneuve à côté d’Avignon. Il n’y avait pas trop de sections qui collaient à ma tranche d’âge. J’avais 13/14 ans et c’était un peu moins populaire en tout début des années 2000 qu’aujourd’hui avec ce qu’il y a comme process qui est mis en place aussi avec les ultramarathons, enfin les ultramarathon mais triathlon quoi. Et le hasard a vraiment fait… de ce que je m’en souviens, c’est mon père qui m’avait proposé d’essayer l’aviron. En revanche, je t’avouerai que je ne savais pas du tout ce que c’était à l’époque et j’y suis allé un peu en trainais des pieds pour lui faire plaisir et à la première séance j’ai retrouvé des amis d’enfance que j’avais perdu de vue car on avait déménagé et au début et je suis resté pour les amis. Et donc après, de file en aiguille j’ai rencontré Vincent BERNARD qui a été mon entraineur de première année qui m’a donné envie et puis l’ambiance était superbe et puis après les résultats sont venus très rapidement ce qui a fait continuer jusque… voilà pour la petite aventure.


– D’accord. Et bien c’est sûr que c’est une belle histoire. Tu as mentionné aussi le fait que tu sois resté pour les potes. Moi j’ai quelques amis qui font de l’aviron ou ont commencés et j’ai l’impression qu’il y a une ambiance très soudée. C’est presque une deuxième famille les gens qui rament ensemble. Tu viens de le confirmer mais est-ce que tu peux le développer un peu ? Est-ce que c’est quelque chose que tu as connu dans d’autres sports ? Qu’est-ce qui fait que c’est si unique ?

Jérémie Azou :
Alors, pour donner des images aux gens, déjà, par définition, c’est un sport d’équipe. On peut pratiquer en individuel. Ça, pas de soucis. Mais majoritairement, c’est un sport d’équipage. Après, les images par le passes sont assez lourdes. On parle de sport de galériens, On parle en termes de sémantique, c’est-à-dire ramer. C’est-à-dire que c’est quelque chose où tu es sensé galérer. Donc il y a tout ça déjà autour de la sémantique fait que cela noue des liens particuliers. Après il y a l’intensité de l’effort mais je pense que ça c’est propre à toutes les activités où il y a une grosse dose de… pas forcément de stress mais un investissement physique et psychologique autour d’un seul et même objectif qui est unis, qui rapproche des liens assez rapidement. On le voit dans les services commandos, on le voit dans des tas de choses. C’est-à-dire du moment où tu mets toutes ton énergie au service d’un intérêt commun. Rapidement, tu te rends compte que tu ne peux pas faire cavalier seul. Sinon, la seule solution face à un élément comme ça dans un groupe, c’est de le mettre à l’écart parce que tu sais que ça va opérer l’objectif et le bien commun. Donc il y a ce deuxième paramètre là. Grosso modo, en aviron, un huit, pour parler du « bateau courant », le plus long de nos bateaux en aviron, c’est un peu comme une mêlée en rugby. C’est-à-dire qu’il suffit qu’il y en soit un qui ne pousse pas dans la même direction, qui mette le genou à terre et toute la mêlée s’écroule. Et moi j’aime à dire que l’aviron reste le seul sport collectif, à ma connaissance, où vraiment, les maillons de la chaîne sont liés de manière indéfectibles. C’est-à-dire que le Barça peut organiser sa stratégie de jeu, son mode de jeu sur Lionel MESSI. Je caricature mais grosso modo on continu avec les images. Tu as tous ces sports collectifs qui peuvent jouer sur une individualité et se sortir de certaines mauvaises passes à travers une forte individualité. Pour l’aviron, c’est totalement impossible. Il n’y a pas d’individualité et si un athlète s’arrête de ramer, l’embarcation s’arrête complètement. Alors, c’est plus ou moins bien et mal in fine mais moi, encore en tête la finale des championnats du monde de 2011 à Bled en Slovénie : 4 poids lourds, les allemands, à 15 mètres de la ligne, ils sont premiers avec 7 ou 8 mètres d’avance et ils font ce que l’on appelle une faute technique, une fausse pelle, c’est-à-dire qu’une des rames des athlètes se bloque un petit peu dans l’eau et ils se font doubler et ils se font battre. Ils se font doubler par les australiens qui sont 7 -8 mètre derrières. C’est un truc de fou ! Et donc, c’est vraiment indépendant du niveau technique des athlètes. C’est-à-dire que tu es débutant, forcément tu es un peu moins bon bah tu vas vachement pénaliser l’embarcation ? Non, non. Tu peux être niveau champion olympique, s’il y a un mec qui fait une erreur technique un peu trop importante dans le bateau, c’est l’arrêt complet. Et c’est en ça où vraiment, cela crée des liens de fraternité, d’entre-aide, de cohésion qui seront hyper hyper importantes. Et puis encore une fois, l’aviron c’est un sport qui n’est pas très ludique. Enfin, je pourrai donner toutes les qualités pour faire la promotion du sport mais si on fait tous les défauts, c’est un sport qui est cyclique : on fait tout le temps les mêmes gestes. Voilà, on a toujours l’idée du rameur avec un super bronzage parce qu’il est toujours en extérieur. Eh bien l’hiver, quand il fait 0° et du brouillard et que tu as l’impression que tes doigts vont tomber… bon, il y a quand même plus de mois difficiles que de mois sympas à passer mais voilà… il y a tous ces paramètres là à passer qui font qu’il y a une cohésion qui est optimal et que ça crée des liens d’amitiés qui dépassent largement la simple carrière que tu peux avoir

– Ouais, ça se ressent beaucoup en tout cas quand on regarde de l’extérieur les rameurs. On sent qu’il y a une espèce de cohésion et qu’il y a une équipe qui se soude et je trouve ça assez beau finalement cette cohésion là et il y a un truc sur lequel rebondir. Tu as dit la répétition du geste. J’ai vu dans une autre de tes vidéos où tu disais qu’en fait, le rameur est en permanence à la recherche du geste parfait que tu essaies de reproduire. Et pourtant, le geste parfait n’existe pas. Et que tu es en permanence à sa recherche. N’y a-t-il pas un moment quand même ou tu… excuses-moi, j’ai perdu ma question mais en gros, est-ce que tu ne penses pas aussi que c’est un peu aussi qui fait que c’est un sport qui a du mal à être compris par certaines personnes qui se disent « eh bien, ramer, une fois que tu as le geste, c’est facile » alors qu’en fait le geste parfait n’existe pas ?
Jérémie Azou :

Alors… eh bien c’est comme beaucoup de choses, hein. Le geste parfait existe, après, il s’agit de l’atteindre qui est très très difficile. Le geste parfait en lui-même, il existe. C’est une image, c’est une séquence d’image mais ça existe. Après, c’est l’atteindre qui devient un peu le parcours du combattant. Juste pour finir à la question que tu m’as posée juste avant, ce qui est très typique de l’aviron est que c’est à nous de nous adapter. C’est un sport d’équipage. Par définition, le meilleur leader sui soit en fait c’est le coéquipier parfait. Tu as un peu cette dualité où le meilleur intrinsèquement est celui forcément qui s’adapte parce que bien sûr, qui peut le plus peut le moins et c’est la conscience des mécanismes de performances en aviron. C’est-à-dire que la synchronisation donnera toujours plus de performance que la simple somme des individualités. Voilà, à partir du moment où tu as compris ça. C’est-à-dire que, quand tu es meilleur, au lieu d’imposer ta manière de faire, ton style de jeu, ou ta technique, c’est à toi de t’adapter. Après c’est une convergence mais de mon expérience. De tout ce que j’ai pu accomplir en termes de résultats, c’est vraiment le gros enseignement que j’en tire. C’est-à dire que généralement, in fine, au dernier moment, c’est toujours au meilleur de s’adapter si on veut vraiment que l’embarcation ai son niveau de performance. Pour répondre à la deuxième question, le geste parfait existe. Après, encore une fois, c’est le parcours du combattant pour y arriver. Mais voilà… c’est aussi ce qui fait certains intérêts. Après des fois les gens ont un peu du mal à trouver une réponse… je ne me rappelle plus ce que je voulais dire… Les gens ont des fois un petit peu du mal à comprendre justement pourquoi on peut s’imposer ça en terme de rigueur et en terme d’investissement. Mais… ça commence à me revenir, je voulais justement dire quelque chose sur le fait d’avoir un geste parfait… j’avais un message, vraiment quelque chose que je voulais dire… ça m’échappe… j’ai un petit blanc…

– Pas grave. J’ai vu dans une interview que tu faisais par entrainement entre 15 et 16 000 coups de rames à chaque fois… dis-moi si je me trompe… après pas à tous les entrainements mais…

Jérémie Azou :
Oui. Voilà, c’est ça que je voulais dire ! Je m’en rappelle, c’est bon ! En effet, par séance. Alors, encore une fois, une séance typique d’aviron c’est grosso modo 20 kilomètres… ce qui représente grosso modo une heure et demie d’effort. Tout dépend du type d’embarcation dans laquelle tu évolues. Des conditions météorologiques, de tous ces paramètres. Grosso modo, c’est une heure et demi et ça représente j’ai fait le calcul, c’est assez simple, entre mille cinq et mille six coups de pelles d’aviron

C’est entre mille cinq et mile six coups de pelles sachant que l’on s’entraine entre une à deux fois par jours donc moi donc j’ai calculé dans ma carrière j’ai donné plus de 4 millions de coups d’aviron. Voilà. Des fois les chiffres, ça ne veut rien dire mais ça fait surtout rire. Donc, en effet, ça fait beaucoup, beaucoup de fois le même geste avec cet objectif et c’est ce qui fait à la fois cette différence et difficulté et puis l’intérêt du sport. Toujours se remettre en question, avoir cet idéal toujours en tête et les gens ont toujours l’impression de se dire « ah ouais, c’est super ce qu’ils font, ils doivent toujours se faire hyper plaisir à l’entrainement. » et c’est ça que je voulais te dire tout à l’heure. Et… non, c’est-à-dire moi il y a un nombre infini de sorties. Que ce soit en individuel ou en équipage où on va être sur les 1600 coups de pelles il y en a eu quoi, 10 ou 15 qui étaient vraiment pas mal et puis le reste du temps tu cherches… et c’est vrai que sur le rendu visuel des fois de l’extérieur les gens se disent « waouh ! C’est super ! » et c’est ce qu’on essai de donner comme impression. C’est-à-dire que, même si bon, le feed-back qu’on a n’est pas extraordinaire. En tout cas à l’idéal que l’on cherche. Visuellement, de l’extérieur, le rendu n’est pas mal. Voilà. C’est à la fois bien et à la fois une malédiction. C’est-à-dire que tu es constamment frustré. Comme tu courre après quelque chose que tu ne vas potentiellement jamais atteindre, tu es plus ou moins constamment frustré. C’est là aussi où il psychologiquement trouvé un vrai équilibriez parce que sinon, tu fais une vraie dépression. C’est-à-dire, au bout de deux, trois ans, psychologiquement tu t’effondre. C’est-à-dire que ce n’est pas tenable. Si tous les jours entre une et deux fois par jours, tu rajoutes là-dessus l’intensité de l’effort, ça te demande une concentration et une force psychique qui est incroyable. Donc voilà, des fois il faut aussi des périodes de jachères où bon, tu essaies d’automatiser un geste qui est le meilleur possible sans forcément être dans la recherche de l’amélioration. Voilà, il y a toujours un effet de yo-yo et un effet de ping-pong.

– D’accord. C’est marrant parce que ça me fait vraiment penser à la natation et au triathlon. Il y a une interview de Vincent LUIS qui est numéro 1 français en triathlon qui est un athlète mondialement connu et qui gagne très souvent des coupes du monde et voilà, lui, il dit exactement le même constant que toi qui est « nager, t’as deux/trois coups dans ta séance qui te plaisent bien et le reste tu as envie de l’améliorer et du coup et il faut être à la recherche en permanence de l’amélioration mais il ne faut pas non-plus culpabiliser »
Oui, que ça ne devienne pas une maladif après parce que tu deviens fou.
– Et du coup je voulais te demander, pour partir un petit peu sur ta carrière. A quel moment as-tu découvert la compétition et à quel moment ça a été la découverte vraiment du haut-niveau ?

Jérémie Azou :
Alors… bonne question. Comme on se l’est dit tout à l’heure, j’avais quand même bien compris le mécanisme et la corrélation entre performance et entrainement lorsque je nageais. Donc je suis arrivé à l’aviron, je n’arrivais pas en milieu d’année mais courant novembre/décembre et donc j’ai un peu raté le premier wagon. Il a fallu que je me remette à niveau techniquement parlant parce que je ne savais pas du tout ramer par rapport à des copains qui eux, étaient déjà là l’année dernière et en début d’année et moi je suis arrivé milieu deuxième année. Et puis aussi par rapport au type d’effort. C’est-à-dire que même si c’est de l’endurance, en termes d’effort c’est complétement différent de ce que l’on peut trouver en natation. Donc voilà, il y a eu une forme de recyclage qui a dû se faire. Mais, par contre, psychologiquement j’étais déjà suffisamment solide et j’avais déjà cette expérience de me dire « ne t’inquiète pas, ça va le faire ». Soit sérieux, soit rigoureux et puis les épreuves vont être franchis de manière assez spontanés et rapides parce que je savais par contre que j’avais un capital endurance qui était déjà présent et constitué par mes années et mes entrainements de natation et c’est ce qui s’est passé… dès la première année, on a été au championnat de France et même si on finit 7ème je crois et ce n’est pas le résultat que l’on voulait car je crois que l’on aurait pu jouer la médaille. Ça aurait été très dur mais on aurait pu jouer la médaille et puis le goût de la compétition est vraiment revenu là. Par rapport à ce que l’on se disait tout à l’heure, cette notion d’ambiance est hyper importante pour moi. L’ambiance, le fait de retrouver les copains, et puis après les sources de motivation ont été assez différentes. Au début tu y vas pour la compét mais tu y vas aussi pour voyager avec les copains. Et puis après, de file en aiguille tu te rends compte qu’il y a possibilité de pousser aussi le curseur un peu plus loin et puis bon, après ce n’est pas sans concession non-plus. Il y a quelques contraintes qui vont se rajouter et il s’agit de savoir jusqu’où tu es prêt à aller dans les sacrifices, dans les concessions pour « atteindre potentiellement » un objectif. Ça s’est fait par étapes, même si les étapes ont été assez rapides parce qu’en 2008 je suis senior 1ère année. Je sors de deux années juniors où ça ne s’est pas trop mal passé quand même sur le plan national et international même s’il n’y a pas eu de médaille à la fin. Enfin, niveau international il n’y a pas eu de médaille à la fin n’a pas grand-chose mais sur le niveau national ça avait vraiment très bien marcher. Et en 2008 je suis senior première année et je fais dans les deux premiers français à la photo finish et à la finale théoriquement j’aurai dû aller aux jeux. Il y a d’autres paramètres qui font que je ne suis pas allé aux jeux mais voilà, mais le gap à été franchi très rapidement et j’ai été très rapidement mis dans le bain. Et c’est après 2012 par contre où là je me suis libéré de mes contraintes universitaires et j’ai vraiment pu me challenger en me disant « voilà, les quatre prochaines années, tu mets le paquet. Tu t’entraines à fond pour voir quel est vraiment ton vrai potentiel. Puis après tu fais le point : est-ce que tu veux continuer plus loin ou pas, tu verras ? » Voilà, c’était vraiment ma philosophie une fois que j’avais compris que j’avais vraiment un potentiel, la compétition à toujours été là. Pour en revenir à la natation, les deux premières années je te disais que j’avais appris à nager mais je ne voulais absolument pas faire de compétition parce que même si j’étais très compétiteur dans l’âme, je ne voulais pas faire de compétition parce que j’avais un manque de confiance en moi. C’était très paradoxale tu vois. Parce que j’étais très compétiteur et très mauvais perdant. Du coup, je ne voulais surtout pas me mettre en compétition avec d’autres pour justement éviter… enfin, c’est le coup de l’évitement classique pour éviter l’échec et du coup éviter que ça ne crée du désordre avec mes collègues. Et donc après ça, encore une fois, il y a un eu un élément vraiment très déclencheur avec mon entraineur de natation de l’époque qui m’a permis de faire sauter ce verrou-là. A partir de ce moment-là, j’ai vraiment pris conscience de mon potentiel et de tout ce qui implique la compétition. Voilà « tout était lancé ».


– D’accord, je comprends mieux. Du coup, tu disais qu’en 2008, tu étais dans les deux meilleurs français et je crois que c’est la fédération qui choisi qui part au JO, aux jeux, c’est ça ?

Jérémie Azou :
Alors, toujours. Quelque soit le pays, c’est la fédération qui détermine. Après, tous les systèmes de sélections ne sont pas les mêmes. C’est-à-dire que l’on fait un peu figure d’exception : on a un système de sélection basé sur la valeur individuelle. Tous les ans tu es passé « à la moulinette », tous les ans tu as un championnat de France individuel et la sélection se fait d’abord sur le paramètre individuel. Ce qui peut sembler paradoxal pour un sport d’équipage. Après, encore une fois, ce sont des croyances. C’est-à-dire que ça revient à se dire que si on met les meilleures individualités, statistiquement, ça ira plus vite que si l’on essaie de faire de savoir quelle embarcation à la meilleure cohésion possible. Bon, les deux discours se tiennent. Le point négatif de ce système… c’est-à-dire que tous les ans, potentiellement, tu peux rechanger la composition d’une embarcation. Voilà. Donc, potentiellement, repartir de zéro. En vrai, ce n’est pas vrai car on a beaucoup de jour de stage dans l’année, ce qui permet de travailler sur un effectif élargi et donc d’anticiper autant potentiellement ce genre de désordre. C’est-à-dire ces changements d’équipiers après le championnat de France. Potentiellement, c’est le reproche que l’on peut faire à ce système de sélection. Le gros avantage, si le staff technique fait bien son job, c’est que la porte reste tout le temps ouvert contrairement à, si on veut, encore une fois, revenir à d’autres sports collectifs. On va parler, non pas de du foot…c’est-à-dire que maintenant, tous les sports où il y a une semi-professionnalisation ou professionnalisation… si tu n’as pas été en centre de formation à partir de 10, 11, 12 ans eh bien derrière… c’est compliqué de rentrer dans le circuit… Très très très compliqué de rentrer dans le circuit alors qu’en aviron, si une année tu as été performant, tu te pointes, tu te qualifie, tu gagnes et bien on se tape la main, tu mets du bleu-blanc-rouge et si l’année d’après tu es au fond, tu es fin de peloton et bien on se tape la main et on se dit à l’année d’après, quoi. Donc voilà. Ça, c’est quand même hyper stimulant en termes d’émulation de se dire que « demain », tu peux intégrer l’équipe de France. Rien ne t’en empêche. Après, c’est sûr que le mec qui a gagné dix ans, si une année il fait 5ème bon, il doit être repêché. Il ne faut pas être idiot non-plus mais on peut lui donner une seconde chance mais voilà. Ce qui fait quand même la force de ce système là c’est que tous les ans, tout le monde doit pouvoir reprouver sa valeur individuelle mais la porte reste ouverte. Ça, c’est quand même un point fort. Après, encore une fois, il faut que le management, les règles de sélection, qu’il y a une bonne transparence, une bonne communication autour de ça pour éviter justement que ça soit… qu’il y ai…
– Une injustice
Jérémie Azou :
Exactement, exactement. Mais si au début de la saison tu dis « voilà, les critères de sélection, c’est ça. » s’il y a des « changements » au cours d’année pour blessure, pour contre-performance. L’alternative est le : plan A c’est ça, le plan B c’est ça, le plan C c’est ça. Tous le monde se tape dans la main si tous les monde est d’accord et roulez jeunesse. On s’entraine à fond et puis même sur les stages avec l’équipe de France tu peux vraiment créer une dynamique positive pour que l’objectif commun soit que l’embarcation aille la plus vite possible quelque soit les individus qui vont le composé in fine. Donc voilà et puis la fédération en 2008 a décidé de mettre en confrontation notre embarcation, notre doom avec un autre doom pour savoir laquelle allait la plus vite et à chaque fois on s’est fait battre. On était en compétition sur deux coupes du monde et à chaque fois qu’il y a une confrontation directe, on était vraiment dans les mêmes courses donc dans les mêmes conditions et à chaque fois on s’est fait battre. Donc toi, sportivement, tu es toujours déçu, mais objectivement bon ben… en aviron on a quand même cet avantage de la ligne d’arrivée. C’est-à-dire que bon, il est devant moi, il arrive avant moi. Il n’y a pas des juges arbitres qui te mettent des notes. C’est-à-dire il est devant, il est devant donc même si toi t’aurai aimé que l’issu soit différente et bien la réalité tu ne peux pas… au bout d’un moment, tu ne peux pas y faire abstraction.
Exactement, maintenant on a quand même des systèmes de chronométrages qui sont hyper-pointus, au millième, donc tu ne peux y pas y faire abstraction quoi… voilà du coup pour 2008 par rapport aux critères de sélection.

– D’accord. Et après, quand on regarde ton palmarès, tu as commencé à tout gagner à partir de ces années-là. Et en 2012, tu pars pour les JO de Londres et là tu te retrouves en final et il se passe une course très très bizarre que j’ai pu regarder. Qu’est-ce qu’il se passe réellement durant la course dans ta tête ? Est-ce que déjà tu peux expliquer aux auditeurs ce qu’il se passe pour se remémorer ?
Jérémie Azou :
Bien-sûr
– En gros, le bateau anglais fait arrêter la course après quelques mètres et du coup, comme si c’était un faux départ pour certains la course est recommencée et… voilà. Après, je n’ai pas tout compris exactement comment c’est possible que la course soit arrêtée…
On va en parler. Pour en revenir sur les médailles. Moi, vraiment, les premières médailles que j’ai faites, j’ai fait beaucoup de médailles d’argent quand j’ai commencé ma carrière et je craignais de devenir le deuxième « poulie d’or ». Poulies d’or de l’aviron en France. C’est toujours ma hantise puisque j’ai fait 4/5 médailles d’argent avant de faire ma première vraie médaille d’or internationale. Ça c’était la première chose et pour en revenir aux Jeux olympique de 2012 à Londres. En 2012, donc, l’embarcation. Je ne dis pas les athlètes, l’embarcation est qualifiée l’année avant. L’année préolympique, il y a le championnat du monde et à l’époque, les 11 premiers qualifiait l’embarcation pour les JO. Et là j’avais validé l’embarcation avec quelqu’un qui s’appelle Frédéric DUFOUR avec qui j’avais déjà été médaillé en championnat du monde. L’année d’après donc, fameux championnat du monde individuel Stany DELAYRE, quelqu’un qui avait sensiblement le même âge que moi ne veut pas Frédéric DUFOUR sur les sélections nationale et donc essayais légitimement dans l’embarcation : on fait une manche de coupe du monde. C’est un peu comme le triathlon on a plusieurs manche coupe du monde. On fait une manche de coupe du monde et là on gagne. En plus c’est une manche de coupe du monde qui est relativement prestigieuse donc là c’est normale la fédération nous a titularisé tous les deux dans ces trois positions là pour les JO.
Voilà voilà. Donc avec ce fameux Stany on avait déjà remis ensemble. Par rapport à ce que je t’expliquais où voilà, il y avait déjà un travail en amont qui avait été fait donc on ne partait pas de zéro. On fait la dernière manche de coupe du monde et là on fait deuxième à la photo finish donc on fait premier exæquo au classement générale de la coupe du monde avec les néo-zélandais et les danois. Donc vraiment on arrive sur les Jeux olympiques de Londres parmi les favoris. Alors, pas grands grands favoris mais quand même favoris pour le podium. Peut-être pas le titre mais pour le podium.
On savait que le bassin allait être compliqué. Alors moi je n’avais jamais ramer là-bas mais on savait que les conditions étaient très changeantes avec beaucoup avec beaucoup de vent. Beaucoup de vent, le vent pas forcément dans le bon sens. C’est-à-dire que, quand je dis le vent dans le bon sens c’est-à-dire que le vent, ce qui compte est que le vent soit dans l’axe. C’est-à-dire que nous, on ne fait pas de la planche à voile. Donc ce qui nous arrange, c’est quand le vent est dans l’axe. Soit de face, soit dans le dos. Forcément, nous, on avance à reculons donc si on l’a de face pour le coup c’est bon. C’est le bon plan parce que ça va plus vite. Si on l’a dans le dos, on va moins vite. Par contre, il y a des vents qui sont plutôt latéraux et qui vont nous déstabiliser parce que ça crée des vagues latérales et techniquement ça devient très très très dur de gérer ce paramètre extérieur. Donc on passe les séries, on gagne, on fait une bonne course. On tombe en demi-finale contre les anglais qui étaient chez eux, on fait deuxième d’une demie seconde mais vraiment, on sentait qu’on pouvait les battre. On n’avait pas fait NOTRE meilleure course. Pour la finale, vraiment, des conditions météorologiques très difficiles, vent de travers qui déséquilibre l’équité entre les différentes lignes d’eau donc le tirage est redistribué. Donc on se retrouve au milieu du bassin et les anglais un peu plus avancés. Mais ce n’est pas ça le plus important. On arrive au départ bien préparés physiquement, psychologiquement et on savait que le départ c’était quand même nôtre point fort. C’était quelque chose que l’on n’avait pas besoin de beaucoup travailler et ça faisait partie de nos qualités naturelles de punchers. Le feu passe au vert, on part à fond et moi j’ai bien repéré que dans les 5/6 premiers coups de pelles, il fallait vraiment faire très attention parce qu’il y a eu une entrée d’air. En fait il y a des digues de chaque côté du bassin et donc un accès marin qui permet d’accéder à un bassin qui permet en fait de faire la récupération et un bassin qui est juste le champ de course. Donc il y a vraiment une énorme entrée d’air qui arrive à ce moment là et qui faisait vraiment rentrer beaucoup de vagues et qui allait vraiment déstabiliser tout le monde de manière technique. ET donc, nous on l’avait bien anticipé donc on fait un super départ canon et à ce moment là on ne commet pas de fautes techniques parce qu’on avait prévu le coup. Ce qui a été un peu moins le cas de nos amis anglosaxons et c’est là qui est complétement fou par rapport à cette histoire. C’est-à-dire que toute la vidéo est sur Youtube c‘est-à-dire qu’en plus on peut… enfin, les gens du milieu voient vraiment très bien ce qui se passe. C’est-à-dire que voilà, l’athlète anglosaxon sort de son siège. ON a des sièges coulissants et il tombe de son siège. Et donc il existe en effet… il existait en effet une règle qui avait été voté il y a des années, des décennies par la fédération internationale qui autorisait, dans les cent premiers mètres de champ de course de lever la main et de refaire courir la course si il y avait casse technique. Bon, ça se justifiait complétement parce que à l’époque les bateaux étaient en bois, enfin, il n’y avait pas la même garanti technique que ce qu’on peut avoir maintenant.

– Et cette règle n’existe plus maintenant ?

Jérémie Azou :
Alors bon, on va y venir, oui. Et donc, il lève la main mais bon, je n’en ai jamais trop voulu aux athlètes parce qu’en même temps, si jamais été dans leur situation, je ne sais pas si j’aurai fait différemment. C’est-à-dire que tu es en course, en finale olympique chez toi, avec la possibilité de gagner… il t’arrive quelque chose comme ça de toute façon tu n’as pas 50 miles alternatives et tu n’as qu’une fraction de seconde pour choisir. Donc le mec, il lève la main. L’arbitre arrête la course.

– Sinon ils abandonnent
Oui, sinon c’est cuit. Vu la densité, ils sont complètement out. Il lève la main, l’arbitre arrête la course. Et bon, toi t’entends… ils ont des cloches, la cloche sonne… toi tu es en final olympique tu ne te dis pas « attends, je vais m’arrêter » enfin pas tant que le voisin de droite et le voisin de gauche ne s’est pas arrêté, tu te dis « dans le doute, on va quand même continuer un petit peu ». Quitte à s’arrêter, autant s’arrêter le dernier mètre mais nous on s’est quand même retrouvé à faire 200-300 mètres à fond. Donc finalement, tous le monde s’arrête. Retour dans les startings blocks et puis c’est là que c’est incroyable, c’est-à-dire que le juge-arbitre est censé objectiver la casse matérielle et là on voit très bien qu’il n’y a pas casse matériel. C’est-à-dire vous demanderez à n’importe quel… et je crois même les commentaires qui avaient été faits par un immense champion de l’alliance qui s’appelait REDGRAVE disait que oui, il avait bien constaté que ce n’était pas un casse matériel. Tout le monde le voit. En plus c’est filmé, c’est ça qui est complétement dingue. C’est filmé et on voit bien qu’il n’y a pas casse matériel et mécaniquement, ceux qui connaissent bien les embarcations… il n’y a pas de casse possible a moins de prendre vraiment un énorme, énorme choc. Ce qui n’est pas du tout le cas. Et donc on reprend le départ alors qu’il n’y a pas casse matériel. Donc après, l’issu est beaucoup moins autre, parce que même si nous on arrive à rester dans notre bulle, on arrive à rester concentrer et bien physiquement, quand on a fait 300 mètres à fond… on e met cash sur le deuxième départ et puis l’effet de surprise n’était plus du tout là. C’est-à-dire que nous on est parti très très fort, ça faisait aussi partie de nos envies pour déstabiliser les adversaires et bien au deuxième départ, ils avaient compris ce qu’il se passait. Donc ça change complétement la physionomie de la course et indépendamment du paramètre physique qu’il faut bien sûr prendre en compte par rapport à un investissement parce que théoriquement, un départ finalement, il n’y en a qu’un donc voilà. Tout ça fait qu’on termine au pied du podium et celle-ci était aussi le début d’un processus qu’on a mis en place sur la recherche de la performance, comment atteindre la performance quoi qu’il arrive. C’est-à-dire de passer d’un statut de « on peut le faire » à un statut où on se dit « on va le faire mais on ne sait pas trop ??? » et ça, c’est très important. Et ça, c’est énorme en fait. C’est d’arriver à lister tous les paramètres extérieurs qui peuvent agir sur ta performance et lister tous les paramètres qui dépendent de toi et pousser le curseur au maximum de tous ces paramètres. De ceux qui dépendent de toi, bien sûr. Et justement, ceux qui ne dépendent pas de toi ne doivent pas être pris en compte pour que, in fine, tu passes la ligne et tu te dises « ok, on va gagner » et ça a été le challenge des quatre années suivantes. Mais grosso modo, voilà. Pour dégrossir 2012, c’est grosso modo ce qu’il s’est passé. Comme je te dis-moi, je n’en ai jamais trop voulu aux athlètes parce que… tu te mets à leur place, tu ne sais pas ce que tu aurais fait… tu ne sais pas…
– Oui et après ça fait parti du sport. Ils avaient… il y a une règle et on a le droit de l’utiliser

Jérémie Azou :
Voilà. Et pour revenir sur cette règle-là. L’année d’après, la règle a été supprimée. Cette règle des cent mètres, par rapport à notre course, à été supprimée. Et là, je n’étais pas forcément d’accord parce que même si nous, ça nous a « porter préjudice », le matériel à énormément évolué mais il reste encore la possibilité de casse matériel dans les cent premiers mètres. Et moi, pour parler vulgairement, je trouve que c’est une connerie. Enfin, même si c’était peut-être pour nous rendre hommage ou je n’en sais rien. Peut-être que ce n’était pas du tout ça mais même si c’est par référence à ce qu’il s’est passé pour nous au final des jeux je trouve que ce n’est pas un bon plan parce que je trouve qu’en effet, le risque zéro n’existe pas. Il peut vraiment y avoir un casse matériel dans les cent premiers mètres. Et le jour où ça t’arrive, franchement… je trouve que cette règle était quand même bien faite. Là le problème à été l’application de la règle qui a été peut-être un peu moins bonne mais en tout cas la règle en elle-même se justifiait et c’est là où l’abrogation de cette loi n’est pas justifiée. Même si sans cette règle, le jour J, on aurait été médaillés. Bien sûr.

Mais… on ne va pas refaire l’histoire et mais c’est hyper intéressant ce que tu dis parce que tu dis qu’à partir un petit peu de cette échec… qu’on se le dise honnêtement, une quatrième place… c’est quand même assez dur. Je pense que quand tu t’es préparé pendant plusieurs années, surtout vu les conditions de course… donc tu dis que pour vous, ça a été un nouveau départ. Pour votre duo qui était tout nouveau. Qu’est-ce que vous avez mis en place concrètement pour allez tout enchainer. Car je crois ensuite qu’en 2013 vous gagnez les championnats du monde. En 2014 aussi, si je ne dis pas de bêtises. Non, deuxième. Deuxième en 2014. 2015, champion du monde. Donc c’était le début d’une paire qui a vraiment très très bien marcher. Est-ce que tu peux un peu dire ce que vous avez mis en place, est-ce que vous avez parlé, est-ce que vous avez fait de la préparation mentale ? est-ce que vous avez intensifier vos préparations physiques ?

Jérémie Azou :
Ouais. Alors, on a déjà essayé de tout… pas numériser, ce n’est pas le bon mot mais de tout quantifier. On a essayé de tout quantifier Tout ce qu’on pouvait en tout cas. Au maximum, pour avoir une démarche, même si l’aviron reste un sport amateur, même si ça se semi-professionnalise doucement en France. A l’époque, à l’étranger il y a quand même pas mal de pays qui est passé sur un modèle professionnel depuis quand même longtemps. Après, je dis professionnelle, ce n’est pas niveau footballeur mais les mecs ne font que ça à temps pleins. Mais on a essayé de tout chiffrer. Tout chiffrer et tout archiver et donc de faire quelque chose de très scientifique. On a eu une approche très très très scientifique de tous les paramètres de performance. Alors, en termes d’équipement, que ce soit le classique cardio fréquencemètre, ça c’était vraiment un outil que l’on a vraiment beaucoup beaucoup utilisé. Après, en termes d’équipement sur les bateaux maintenant tu as quand même pas mal de choses sur les accéléromètres qui permettent à la fois de calculer les angulations des angles de balayages de ta manière de ramer, à la synchronisation avec ton coéquipier ou tes coéquipiers avec des courbes de forces qui te permettent de savoir si c’est bien synchroniser aux différents moments du mouvement dans l’aviron, au mouvement de la poussée, des retours.
Après on a fait pas mal de travail vidéo. Peut-être, le seul versant que l’on n’a pas trop trop abordé est le… enfin, on l’a abordé mais peut-être de manière moins poussée. C’est la préparation mentale. Parce que je pense qu’on était… on avait déjà ça en nous.
Donc, il y avait un speech. L’entraineur avait fait beaucoup de boulot là-dessus mais je pense que si on avait un truc que l’on avait pu pousser encore plus, ça aurait été ça. Mais c’est quelque chose sur lequel on a beaucoup travaillé également.
– La nutrition aussi c’est un sujet…
Jérémie Azou :
La nutrition… alors nous notre cheval de batail parce qu’on faisait de la catégorie poids léger donc on avait déjà ça qui faisait partie de notre quotidien. Encore une fois, on a essayé d’avoir une démarche très très professionnelle. Après on a eu l’avantage d’avoir un médecin qui était nutritionniste sur place quand on était en stage donc pour nous apporter son expertise sans tomber dans la dérive du complément alimentaire. Moi, je n’ai jamais pris un seul complément alimentaire et même s’il a « le label » et « l’accréditation », la démarche en elle-même me gêne de prendre quelque chose pour me sentir mieux. Un produit transformer pour me sentir mieux. C’est-à-dire que moi c’est un peu l’anti-chambre du dopage. Après c’est très subjectif et pour moi, il a tellement de choses simples, basiques, à faire avant. C’est-à-dire que la micronutrition, j’y crois mais pour moi, c’est la dernière pierre à l’édifice. Déjà, manger équilibrer, manger sain, manger intelligent. Déjà, faire ce travail là est titanesque, c’est une énorme montagne et puis quand tu as réussi à faire ça 365 jours dans l’année, tu rajoutes une pierre au truc et pour moi c’est une facilité de se dire « aujourd’hui, je mange mac do et demain je prends un complément alimentaire qui fait bien. Qui fait que la prise de sang est nickel » même si c’est autorisé dans la démarche française, ça me gêne énormément. Autre chose que l’on a beaucoup fait aussi est par rapport que c’est un sport d’endurance en fonction des macrocycles et microcycles. On a des gros cycles de trois semaines, travail forcé, une semaine de travail surcompensation et puis c’est reparti et ainsi de suite. Nous, on travail beaucoup avec le système sonto, c’est un système de prise d’information au niveau du radio fréquencemètre et du rythme respiratoire. Nous on le faisait le matin au réveil et lorsque tu extrapoles les données, cela te permet de connaitre l’activité du système neuro et para sympathique. Et en fonction des profils, des courbes, cela te permet de savoir si tu es sûr de la bonne fatigue ou de la mauvaise fatigue et si il faut adapter les séances. Il y a tout un ensemble d’outils dont on s’est équipés pour réussir à maîtriser au maximum le pic de performance
– En fait finalement vous avez décidés de ne rien laisser au hasard ? vous êtes allez chercher des chiffres…
Jérémie Azou :
Voilà, tout à fait. Les chiffres, dans la mesure du possible. Après le travers des chiffres est que parfois tu travail au détriment du feeling. Et le feeling est ce qui fait que le premier jour tu as fais la différence entre un champion et un très bon athlète. La différence au bout d’un moment elle se fait là, sur le feeling. Donc au bout d’un moment il faut faire très attention à tous ces chiffres-là, toutes ces données, tous ces paramètres pour que ça ne vienne pas occulter le feeling de l’athlète. Parce que ça peut entrainer à la dérive à un moment donné mais le risque et je pense qu’on a toujours eu cette intelligence de se dire « in fine, on garde le feeling si on a deux informations en concurrence » et ça a toujours bien fonctionné, que ça soit en termes de fatigue, ou en termes techniques. C’est-à-dire qu’au bout d’un moment, on en discutait de manière collégiale et on arrivait à se dire entre ce qu’on nous donne comme info, ce qu’on ressent et ce qu’on voit, ça ne colle pas et on a une intuition quand même. On a suivi vraiment l’intuition et le feeling et éventuellement l’entraineur. Donc oui, c’est ce qui nous a permis, comme je te disais tout à l’heure, je passer d’un statut de « on va peut-être gagner » à un statut « on va gagner mais on ne sait pas combien ». Mais oui, il y a eu pleins de péripéties. En 2013 malheureusement on gagne les champions d’Europe, on est invaincus et mon équipé se blesse, on ne peut pas boucler la boucle et terminer avec un titre mondial. En 2014, les gros problèmes de conditions au final, on se fait battre au 9 centièmes. Par un bateau qu’on n’a même jamais vu. Enfin, tu vois ? Et tout ça, au lieu de nous démonter, ça n’a fait que renforcer vraiment notre exigence au quotidien. Je ne dis pas que c’était facile, c’était des coups durs mais c’est-à dire qu’au quotidien, ça ne fait que renforcer cette volonté, cette rigueur, cette envie pour que rien ne soit laissé au hasard.


– Oui, c’est assez fascinant et ça se ressent pas mal dans ton discours. Tu es hyper précis, on sent que ça a été travaillé, que finalement la préparation a été carré et on en parlait juste avant de commencer l’interview. La discipline et la rigueur sont, je pense, l’élément commun à tous les sportifs de très haut niveau de mettre en place des choses carrées.

Jérémie Azou :
Il s’agit de rigueur et travail. Et puis après, encore une fois, ce qui est bien est que ce sont des choses que tu peux appliquer pour tout, partout c’est-à-dire qu’un fois que tu as la méthodologie, après tu le duplique à l’infinie. Et c’est pour ça que généralement, nous, en aviron, ce n’est pas professionnel. Tous les athlètes font des études et on a beaucoup beaucoup d’ingénieur de formation et souvent les rameurs font de très très bons ingénieurs. Enfin sont très souvent appréciés dans le monde de l’entreprise. Parce qu’ils ont cette rigueur, cette exigence et ils ont ce sens du timing. Et c’est incroyable de voir à quel point les gens n’ont as ce sens du timing. Et le sens du timing est primordial pour un athlète. C’est-à-dire que vendredi 12 aout 2016, la finale c’est 10h45. Ce n’est pas 10h46, ce n’est pas 10h44. Si tu es en forme à 10h50, c’est super, mais personne ne l’aura vu. Et si tu es en forme à 10h40, c’est super mais personne ne l’aura vu. Et c’est là où moi je déteste être en retard et c’est le principe du rendez-vous. C’est-à-dire que tu dis 10h, tu es là pour 10h. si tu ne pouvais pas être là pour 10h mais 10h05, tu dis 10h05 et c’est pour ça je pense qu’en aviron on a des ingénieurs. Je parle d’ingénieur parce qu’on a beaucoup d’ingénieurs mais on n’a pas que des ingénieurs mais de manière global, tous les athlètes qui se reconvertissent sont bien sûr dans le monde de l’entreprise et ont ces qualités et ces attribues qui font d’eux de bons éléments au sein de d’un groupe. Mais voilà, rigueur et travail sont les bases.

– Et ça, c’est assez marrant parce que dans les petites vidéos que l’on retrouve sur toi il y a un truc qui revient souvent de ton entourage et de tes proches qui est ta capacité à mener pleins de projets de front et un peu à vouloir toucher à tout. A être très curieux et aussi à mettre des objectifs sur pleins de choses. J’ai vu que tu faisais du piano, très bien d’ailleurs, et tu es kiné à côté de ça. Tu peux nous dire un peu quand tu t’entrainais justement pendant cette période à quoi ressemblais une de tes journées parce que je pense que ça devait être hyper carré et bien rempli.

Jérémie Azou :
Ouais, alors, la première chose et c’est là où on a tous un rôle de partage d’expérience et de transmission un peu est qu’à partir du moment où tu sais comment les choses fonctionnent, tout devient relativement simple. Et c’est ce qui m’a permis de faire beaucoup de choses en même temps. C’est-à-dire que j’avais aussi, de part mes études, une très bonne connaissance de mon corps et une très bonne connaissance de comment fonctionnait des systèmes d’apprentissage et à partir du moment où tu as compris tout ça et que tu sais comment ton corps fonctionne, tu sais qu’il y a différents types de mémoires, et après, quand tu arrives à identifier celle qui te correspond le mieux, comment il est « facile » de mettre ça en place dans une routine quotidienne et c’est simple après. C’est-à-dire que des fois il y a des trucs qui sont très simples à mettre en place. Moi, la première année avant d’être en kiné j’étais en médecine et il y avait un cours spécifique sur la mémorisation et ces méthodes et il y avait beaucoup de choses qui ont été dites et dont je me suis servi. Et me sert tous les jours. Première chose, ça, c’est pour tous les étudiants, il y a des études qui ont été faites et des questionnaires qui ont été posés à pas mal d’étudiants. Je crois que c’était à polytechnique. Je ne veux pas dire de bêtises mais en tout cas c’était des étudiants de grandes écoles. Et ils expliquaient qu’une des techniques assez faciles pour gagner du temps sur le travail était sur le chemin du retour en fin de journée de se repasser en boucle ce qui avait été fait dans la journée. Se repasser le film. Se repasser la bande passante. Et rien que ça en fait tu quand tu arrives le soir sur ta feuille, tu n’es pas trop largué déjà. Tu pars avec un capital et tout ça mis bout à bout fait du temps gagner. Après, tout ce qui est travail de mémorisation mentale. Alors moi je suis plutôt visuel et du coup c’est simple, c’est comme le principe de la pub. C’est-à-dire que tu te mets une feuille sur la porte de tes toilettes et tous les jours tu passes devant et le fait d’être passer devant 2-3 fois par jours pendant un mois et bien de manière inconsciente, plus ou moins inconsciente puisque la lecture ne sera pas forcément très active, tu vas engranger tout ça. Donc c’est ce qui m’a permis de vraiment mener pleins de projets de front parce que j’arrivais à optimiser tous ces paramètres là laissez au temps mort. Même s’il y avait des phases de repos mais pour moi les phases de repos ne sont pas des temps morts, ce sont vraiment des temps de repos. Pour te ressourcer. Même si tu ne fais rien, c’est un objectif précis.

– Et les journées types, pour vraiment répondre à la question. Donc, après 2012, vraiment lorsque je suis rentré sur une phase active sur un point de vu professionnel en tant que kiné tous les matins je me levais et j’allais ramer vers 7h et quart. Et 7h et demie j’étais sur l’eau jusqu’à 9h et quart, 9h et demie après je rentrais rapidement j’étais à côté du pôle français, j’avais fait en sorte de perdre le moins de temps aussi dans les déplacements. J’habitais sur Lyon et c’est sûr que ça allait être plus dur et encore plus maintenant. En 10 ans moi j’ai vu l’évolution de la circulation, c’est devenu une vraie catastrophe. Donc je perdais vraiment très très peu de temps sur les déplacements. Donc voilà, de 7h et quart à 9h et quart, je ramais. 9h et quart, 9h20 je rentrais à la maison. Je me douchais, je mangeais une petite collation et après, 10h moins le quart je prenais la voiture. J’avais un quart d’heure de voiture jusqu’au cabinet pour être à 10h à mon premier rendez-vous. Là je bossais. Alors, la première année, ça a été vraiment dur parce qu’il y a eu des difficultés pour la fédération de mettre en place un accompagnement financier sur les jours où j’étais en stage et sur la semaine aussi. On ne va pas parler de la première année car c’est une année un peu à part où vraiment ça a été très dur de concilier tout à la fois mais sur les autres années je terminais généralement à 16h30-17h. je faisais 10h-16h30 voire 17h. Je prenais une demi-heure pour manger le midi et ensuite je retournais à l’entrainement de 17h30 généralement à on va dire, le temps de rentrer à la maison prendre une petite collation et repartir au pôle à vélo. Donc 17h30 et là c’était très variable. Ça pouvait être jusqu’à 18h30-19h sur les petites séances et ça pouvait être jusqu’à 20h-20h30 des fois sur des grosses grosses séances type séance de musculation où tu peux durer parfois jusqu’à trois heures. On a des fois de très très longs entrainement avec des formes de circuit-training.

Donc voilà, après tu rentres à la maison, tu te douches, tu manges et puis des fois j’avais pris d’autres activités. Il y a des trucs où je m’étais bien marré et j’étais content de le prendre. J’avais été faire de la danse de salon. Et du coup 2 à 3 fois par semaine j’allais faire de la danse de salon. Moi je trouvais ça cool. Sinon je faisais autre chose…

– Après avoir ramer 4h dans la journée, t’avais encore la force d’aller danser ?
Jérémie Azou :
Ouais, après encore une fois, il faut toujours faire la différence entre le manque d’envie est chronique chez tout le monde. C’est-à-dire qu’on n’a pas envie de faire grand-chose sans coup de pied aux fesses. Et toute la difficulté, athlète comme pas athlète est de savoir si c’est un manque d’envie ou si tu es réellement fatigué. Auquel cas ça m’est arrivé de ne pas y aller parce que j’étais vraiment fatigué et je sentais que si je n’allais pas me coucher tôt. ET quand je parle de me coucher tôt encore une fois ça ne parle pas trop aux gens. Il faut comprendre que toutes les heures de sommeil passé avant minuit ne compte pas double mais presque. Donc pour moi me coucher tôt veut dire 9h t’es dans ton lit, tu éteints la lumière et tu dors. Et faites l’expérience chez vous. Faites l’expérience. Couchez-vous à 9h et réveillez-vous à 6h, ça vous fera votre quota de sommeil et couchez-vous à minuit et réveillez-vous à minuit vous verrez normalement qu’on se sent bien quoi. Vraiment on se sent bien. La récupération n’est pas la même. Je parle sur des conditions équivalentes où tu t’es réveillé, qu’il n’y a pas eu de bruit, que tu as relativement bien dormi. Donc voilà, une journée type multiplié quasiment par 7 parce que je ne travaillais pas le week-end mais voilà. Tous ceux qui s’entraine pour le très très haut niveau, c’est le samedi et dimanche et j’en passe.
Oui, bien sûr. Mais c’est hyper intéressant ce que tu dis sur le sommeil et la récupération. On parle de plus en plus d’entrainement visible. Tu sais, finalement optimiser son sommeil, optimiser sa nutrition c’est quelque chose qui n’est concrètement pas des heures d’entrainement au sens propre du terme mais en fait elles sont primordiales pour la réussite d’un athlète mais…
Jérémie Azou :
Je suis désolé je te coupe mais le temps limitant est la récupération. Et c’est d’ailleurs ce pour quoi on se dope souvent. La majorité des gens qui se dopent c’est par rapport aux blessures. Parce que c’est trop long, parce qu’on ne récupère pas assez vite. Alors après sans parler des dopages d’état mais avec les scandales que l’on connait mais la principale cause est souvent ça, pour revenir au plus vite au niveau. Et le repos fait partie de l’entrainement et concrètement tu as raison, ce sont des heures invisibles. Et puis on est happé par une spirale infernale où il faut toujours en faire plus où il y a une forme de culpabilité qui s’installe quand on en fait moins parce que justement, peut être qu’on est trop crevé et puis des fois, selon le groupe dans lequel on est, ça put être aussi un problème d’image. On a l’impression peut être que c’est un aveu de faiblesse « ah, il va se coucher, faire la sieste. Petite chochotte. » voilà, il y a tout ces paramètres là qui peuvent entrer en jeu mais en effet, le repos fait partie de l’entrainement. Et ça fait parti de toute la complexité que peut rencontrer un athlète dans sa préparation. C’est arriver à avoir cette sagesse de ne pas culpabiliser de se dire que c’est une goutte d’eau dans la mer et ce n’est pas ça qui va faire la différence. Par contre, si je passe à côté de ça, potentiellement je peux vraiment me blesser.
C’est-à-dire qu’au bout d’un moment si on ne respecte pas cet équilibre, le corps a toujours le dernier mot. D’une manière ou d’une autre, le corps aura toujours le dernier mot.

– Ecoute, le temps avance beaucoup là et… j’aimerai avoir un peu ton récit sur les JO de 2016. Du coup c’est un petit peu la consécration du sportif… rebelote bis repetita, on te rechange de partenaire avant ces JO-là, avant Rio. Ça n’a pas été quelque chose de dur pour toi ? t’entrainer pendant quatre ans avec quelqu’un et je pense que vous aviez le même objectif, vous avez partagés des choses très fortes. Louis à eu un accident très grave avec un bateau. On l’a très peu abordé mais je pense que ça a dû vous faire peur en tout cas. Qu’est-ce que tu ressens toi, quelques mois avant quand on te dit que l’équipage va changer du coup ?

Jérémie Azou :
Eh bien ça a vraiment été une année difficile humainement parce que… pour pleins de raisons. C’est-à-dire que l’année d’avant, Pierre avait déjà été mon dauphin sur les championnats de France. Potentiellement il aurait pu déjà être essayer dans l’embarcation. Ce qui a été fait. Elle passe sur la scène internationale donc ce qui est toujours plus difficile d’interpréter le potentiel d’une embarcation quand tu n’as pas de concurrence directe et, on va dire « stable ». Le niveau de performance est connu. Du coup, le problème de 2015 se reportait sur 2016c’est à dire que ça ne change rien… après avec des enjeux différents… après avec des problèmes de riches. Le gros, gros truc est que c’est un problème de riche. C’est-à-dire que le bateau est champion du monde, donc comme disait Coluche « est-ce que plus blanc que blanc, ça existe ? » je ne sais pas. Voilà, c’est tous ces problèmes de titres qui entrent en jeu avec le paramètre sportif que l’on a évoqué tout à l’heure sur les critères et un système de sélection qui est basé sur la valeur individuel où Pierre, en 2016 à quand même, de manière significative fait deuxième, pas très loin de moi… Avec quand même un peu d’écart à la troisième place qui était Stany donc là tu entres dans un processus où… je ne sais pas si ça n’a pas été suffisamment anticiper ou mais pour moi ça manquait de transparence. Pour parler de transparence et de visibilité sur les règles de sélection.